Gabriel Dumouchel, Ph.D.

Je suis très heureux d’annoncer que ma thèse de doctorat est désormais disponible en ligne sur Papyrus, le dépôt numérique de l’Université de Montréal. Cette mise en ligne survient toutefois peu de temps après le décès de ma mère qui m’a soutenu sans relâche pendant mes années de doctorat; je la dédie à sa mémoire.

Certes, la publication des résultats de ma thèse arrive à un moment important puisque nous vivons désormais dans l’ère de la post-vérité, une situation que je n’avais pas envisagée quand j’ai débuté mes études doctorales en 2007. À l’époque, les médias sociaux étaient naissants et on se souciait davantage de la surinformation ou encore des lacunes en recherche d’information; avec la mythomanie quasi-systématique de l’équipe de Donald Trump et la nouvelle emprise des médias sociaux dans la vie quotidienne des gens, savoir évaluer de l’information est devenu le point central de la littérature scientifique et des médias. À la surinformation décriée s’est ajoutée la surdésinformation. On retrouve désormais tellement de fausses informations pour toutes sortes de raisons – notamment pécuniaires via les médias sociaux – et celles-ci ont maintenant des répercussions médiatisées presque quotidiennement qu’on en oublie presque la complémentarité essentielle des autres compétences informationnelles, c’est-à-dire de savoir chercher et d’utiliser l’information. En effet, Google est encore le principal point d’entrée des recherches effectuées manuellement et le droit d’auteur est encore primordial pour quiconque utilise de l’information trouvée sur le Web ou ailleurs. Malgré cette nouvelle situation, j’ose espérer que l’ère de la post-vérité pourra enfin offrir aux enseignants et à leurs formateurs l’opportunité de bonifier concrètement l’enseignement des compétences informationnelles.

En bref, je souhaite que mes résultats – tout comme ceux de Stéphanie Simard (UQTR), de Martine Mottet (Université Laval) ou encore de la Chaire de recherche du Canada en éducation aux médias et droits humains (TELUQ) – permettront de former adéquatement les enseignants actuels et futurs du Québec aux compétences de recherche, d’évaluation et d’utilisation de l’information tout comme leurs élèves.

Résumé de ma thèse

Bien que les apprenants québécois de tous les niveaux d’éducation cherchent majoritairement vers le Web pour trouver de l’information dans le cadre de leur formation, bon nombre d’entre eux présentent des difficultés pour obtenir celle dont ils ont besoin. Face à cette nouvelle réalité, les enseignants actuels et futurs ont certes pour mission de développer les compétences informationnelles des apprenants, à savoir leurs compétences de recherche, d’évaluation et d’utilisation de l’information, mais sont-ils pour autant bien préparés pour le faire?

La présente étude vise donc à vérifier si les futurs enseignants québécois possèdent les compétences nécessaires pour chercher, évaluer et utiliser de l’information pour répondre à leurs propres besoins informationnels et s’ils sont adéquatement formés pour enseigner ces compétences à leurs élèves. Afin d’atteindre cet objectif général de recherche, la présente thèse s’appuie sur un cadre conceptuel élaboré autour de trois éléments complémentaires : le concept de compétences informationnelles, le processus de recherche et de traitement de l’information et les méthodes d’enseignement des compétences informationnelles en milieu scolaire. Pour atteindre les objectifs spécifiques de recherche qui ont découlé de la synthèse de ces éléments, cette thèse a eu recours à une méthodologie mixte mariant sondage, entrevues et observations auprès de 353 futurs enseignants d’une université québécoise.

Dans un premier temps, nous avons décrit et analysé leurs pratiques déclarées et effectives en recherche et traitement d’information sur le Web. Les principaux résultats concernant la recherche d’information démontrent que la majorité des futurs enseignants font figure de novices alors qu’ils planifient peu ou pas leurs recherches, emploient des stratégies de recherche basiques et diversifient peu les outils de recherche pour arriver à leurs fins, Google dominant largement.

Dans un deuxième temps, les principaux résultats au sujet du traitement d’information montrent que la plupart des futurs enseignants évaluent l’information trouvée selon plusieurs critères dont la vérifiabilité de l’information et son utilisation à des fins d’enseignement et d’apprentissage. De plus, on constate que si la majorité d’entre eux sont en mesure de synthétiser l’information trouvée sur le Web, il reste que seule une minorité cite les sources utilisées.

Dans un troisième temps, nos résultats dénotent que la formation initiale en compétences informationnelles est nettement insuffisante aux yeux des futurs enseignants, celle-ci étant principalement concentrée en début de baccalauréat sous la forme d’ateliers offerts par la bibliothèque. Parallèlement, les résultats démontrent que la majorité des futurs enseignants mettront davantage l’accent sur l’enseignement de l’évaluation et l’utilisation de l’information que sur sa recherche sur le Web. De fait les élèves seront sensibilisés à évaluer l’information trouvée selon une multitude de critères et à faire attention au plagiat.

Dans un dernier temps, les résultats de notre étude sont synthétisés et analysés à la lumière de la littérature et des pistes de recommandations sont proposées dans le but d’améliorer la formation initiale en compétences informationnelles.

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